
Les États-Unis disposent désormais d'une interdiction légale de quatre ans sur une monnaie numérique de banque centrale (MNBC), sans que le président n’ait signé le texte. Cette interdiction empêche la Réserve fédérale d’émettre un dollar numérique jusqu’à la fin de 2030. Elle a été adoptée non par une loi dédiée aux crypto-monnaies, mais via un paquet législatif sur le logement. Le président Trump a choisi de ne ni signer ni opposer son veto, laissant ainsi l’échéance constitutionnelle intervenir. La loi est entrée en vigueur à minuit, dans la nuit du samedi 11 juillet 2026.
Pendant deux ans, les acteurs du marché ont vu la proposition d’interdiction spécifique stagner au Sénat. Son intégration dans le "21st Century ROAD to Housing Act" a surpris la plupart des observateurs. Le Bitcoin s’échangeait autour de 63 387 $ et a peu réagi à la nouvelle, signe que le marché avait déjà intégré l’idée que le dollar numérique n’aurait pas d’impact immédiat. Les effets secondaires sont toutefois à surveiller. Voici ce que fait la loi, comment elle a été adoptée, pourquoi le président n’a pas réagi, et ce qu’elle ne fait pas.
Ce que prévoit réellement l’interdiction de la MNBC aux États-Unis
La mesure interdit à la Réserve fédérale d’émettre directement ou indirectement une MNBC auprès du public, y compris via des banques ou intermédiaires. Cette seconde partie est essentielle d’un point de vue juridique. Un modèle courant propose une structure à deux niveaux, où la banque centrale émet l’actif et les banques commerciales le distribuent – la loi ferme également cette porte.
Cette interdiction est temporaire : elle court jusqu’au 31 décembre 2030, soit pendant quatre ans à compter de son entrée en vigueur. Le Congrès pourra la prolonger, l’amender ou la laisser expirer ; un futur Congrès pourra aussi autoriser explicitement un dollar numérique. Pendant cette période, la Fed ne peut pas agir de sa propre initiative.
Le texte peut être consulté sur le site du Congrès (H.R. 6644), la disposition sur la MNBC étant intégrée à un ensemble portant sur le logement rural, le zonage et la banque communautaire.
Comment l’interdiction a été intégrée à une loi sur le logement
L’"Anti-CBDC Surveillance State Act" avait été rédigé comme un texte indépendant (H.R. 1919, porté par Tom Emmer), adopté à la Chambre par 219 voix contre 210 en juillet 2025, puis bloqué. Le texte du Sénat, défendu par Ted Cruz (S. 1124), n’a jamais été soumis au vote. Faute de majorité, l’interdiction a été intégrée à une loi bipartisane sur le logement.
Au Sénat, le texte a été adopté à une large majorité (85-5) le 22 juin 2026, puis à la Chambre le lendemain (358-32). Ces majorités permettaient de passer outre un éventuel veto présidentiel : lorsque le projet fut présenté au président le 29 juin 2026, un veto n’aurait eu qu’une portée symbolique.
| Date | Événement | Vote |
| Juillet 2025 | La Chambre adopte l’"Anti-CBDC Surveillance State Act" (H.R. 1919) | 219-210 |
| 22 juin 2026 | Le Sénat adopte le 21st Century ROAD to Housing Act avec l’interdiction MNBC | 85-5 |
| 23 juin 2026 | La Chambre adopte le même paquet législatif | 358-32 |
| 29 juin 2026 | Le texte est présenté au président | n/a |
| 11 juillet 2026 | L’échéance de dix jours expire, la loi entre en vigueur sans signature | n/a |
Inclure une disposition controversée dans une loi à large soutien est une pratique courante à Washington. Ici, la question MNBC a été tranchée dans le cadre d’un débat sur le logement.
Pourquoi Trump n’a pas signé la loi
L’article I, section 7 de la Constitution accorde au président dix jours (hors dimanches) pour signer ou opposer son veto à une loi. La signature la promulgue, le veto la renvoie au Congrès, et l’absence d’action pendant la session du Congrès entraîne la promulgation automatique sans signature. C’est ce qui s’est passé ici, la date-butoir ayant été atteinte le 11 juillet 2026.
Le président avait annoncé qu’il ne signerait pas ce texte, et n’a pas non plus opposé son veto. Cette neutralité permettait à l’interdiction MNBC – soutenue publiquement par l’administration – d’entrer en vigueur sans valider les autres volets logement du paquet législatif. C’est légal et conforme aux procédures.
Pour les acteurs du marché, la loi a exactement la même portée qu’une signature officielle. Il n’y a aucune différence dans le Code américain pour une loi adoptée par défaut. Les analystes juridiques, dont cette analyse sur Lexology, considèrent l’interdiction comme pleinement effective dès l’expiration du délai.
Impact sur les crypto-actifs et les stablecoins
Premièrement, cette loi ne change pas le statu quo : la Fed n’avait aucun plan actif pour lancer un dollar numérique et avait indiqué qu’elle demanderait au préalable une autorisation du Congrès. L’interdiction ferme donc une voie qui n’était pas empruntée. Voilà pourquoi le Bitcoin n’a pas bougé et pourquoi présenter cette nouvelle comme un catalyseur haussier est excessif.
L’effet réel concerne le secteur privé. Un MNBC de détail aurait été le seul produit susceptible de concurrencer les stablecoins adossés au dollar sur leur terrain, offrant un règlement instantané garanti par l’État. Supprimer ce concurrent pour quatre ans offre un espace aux émetteurs privés, levant un risque identifié par les investisseurs institutionnels depuis 2023. Pour comprendre les principes de fonctionnement de ces actifs, consultez l’explication Phemex sur les stablecoins.
Les réseaux centrés sur le paiement en profitent aussi : un dollar numérique distribué par toutes les banques commerciales aurait été un concurrent direct pour les solutions de règlement que des actifs comme XRP cherchent à servir. Ce concurrent étant désormais bloqué, l’évolution sera structurelle, visible sur le volume d’émission ou les partenariats sur la durée, pas sur un pic de prix immédiat.
L’argument de la protection de la vie privée a pesé dans le débat : des associations crypto et de libertés civiles se sont opposées à la MNBC pour des motifs de surveillance, estimant qu’un tel instrument donnerait à l’État une visibilité sur les dépenses des citoyens, voire la possibilité de restreindre l’usage même de la monnaie. C’est cet aspect, et non des questions monétaires, qui a convaincu 358 membres de la Chambre.
Ce que la loi ne fait pas
Pour éviter toute interprétation abusive, précisons les limites du texte :
Elle n’interdit pas les stablecoins ni les dollars numériques privés. L’interdiction vise uniquement la Réserve fédérale. Les dollars tokenisés émis par des sociétés réglementées ne sont pas concernés, ni les systèmes de paiement interbancaires.
Elle ne réglemente pas les marchés crypto. Aucun aspect du texte ne porte sur les plateformes d’échange, la conservation, la classification des tokens ou la structure de marché. Ces sujets restent à traiter dans de futurs textes.
Elle n’est pas permanente. L’interdiction expire fin 2030 et un futur Congrès pourra autoriser un dollar numérique à la majorité simple, la coalition actuelle n’étant pas garantie dans quatre ans.
Elle n’arrête pas la recherche. La loi cible uniquement l’émission, la Fed peut donc continuer ses travaux sur les registres distribués ou la coordination internationale, notamment via la Banque des règlements internationaux.
Elle ne concerne pas l’écosystème on-chain plus large. Les marchés de prêt, les protocoles DeFi et Bitcoin continuent de fonctionner comme avant le 10 juillet. Pour en savoir plus sur la DeFi, consultez cet article de Phemex (Qu'est-ce que la DeFi), et pour le fonctionnement de Bitcoin, cette ressource dédiée.
Foire aux questions
Une MNBC américaine est-elle interdite ?
Oui, l’interdiction est désormais ancrée dans la loi fédérale. Elle empêche la Réserve fédérale d’émettre une MNBC, directe ou indirecte, jusqu’au 31 décembre 2030. Après cette date, l’interdiction expire sauf prolongation par le Congrès.
Une loi peut-elle entrer en vigueur sans la signature du président ?
Oui. Si le président ne signe ni n’oppose son veto dans un délai de dix jours alors que le Congrès est en session, la loi est promulguée automatiquement (article I, section 7). Ce cas reste rare car les présidents préfèrent généralement se positionner.
L’"Anti-CBDC Surveillance State Act" a-t-il été adopté ?
Pas comme loi autonome. La version portée par Tom Emmer a été adoptée à la Chambre en juillet 2025, mais celle du Sénat par Ted Cruz n’a pas été votée. L’interdiction a rejoint le droit via son intégration dans le "21st Century ROAD to Housing Act".
L’interdiction MNBC est-elle favorable aux stablecoins ?
Elle supprime le principal concurrent qui aurait pu égaler la rapidité de règlement des stablecoins privés avec une garantie souveraine. C’est un avantage structurel pour les émetteurs sur quatre ans, mais cela ne change pas la régulation ou la réserve des stablecoins existants.
À retenir
Le dollar numérique n’a pas d’existence légale aux États-Unis jusqu’en 2030, suite à une interdiction discrète intégrée à une loi sur le logement. Pour les traders, l’impact immédiat sur le prix est négligeable et le marché avait déjà anticipé cette évolution. L’élément à surveiller concerne l’émission des grands stablecoins adossés au dollar d’ici 2 à 3 trimestres, car cette période sans concurrence souveraine apporte une certaine visibilité aux institutions. Suivez la progression de l’offre et les nouveaux partenariats bancaires, plutôt que la courbe des prix. N’oubliez pas la date d’expiration, car le débat politique reprendra en 2030 avec un Congrès possiblement très différent.
Cet article est fourni à titre informatif uniquement et ne constitue pas un conseil financier ou d’investissement. Le trading de crypto-monnaies comporte des risques importants. Veuillez toujours réaliser vos propres recherches avant toute décision de trading.
