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Tom Emmer : son parcours et la loi sur l’interdiction du dollar numérique de la Fed

Points clés

Tom Emmer a consacré sept ans à tenter d’interdire un dollar numérique de la Fed. Le 11 juillet 2026, l’interdiction temporaire de quatre ans a été intégrée à une loi sur le logement. Voici son parcours et la stratégie employée.

Le 11 juillet 2026, une interdiction fédérale de quatre ans sur la création d’une monnaie numérique de banque centrale (CBDC) par la Réserve fédérale est entrée en vigueur sans signature présidentielle. Cette disposition a été rédigée par Tom Emmer, whip de la majorité républicaine à la Chambre des représentants du Minnesota, qui portait ce projet depuis 2022 malgré de nombreux blocages.

Emmer occupe le troisième rang parmi les Républicains à la Chambre et fait figure de membre du Congrès le plus senior à défendre activement la politique blockchain comme une partie essentielle de son mandat. Son projet phare, l’Anti-CBDC Surveillance State Act (H.R.1919), a été adopté à la Chambre en juillet 2025 mais n’a pas progressé au Sénat. L’événement du week-end dernier a constitué une solution de contournement, expliquant la présence soudaine de son nom dans tous les fils d’actualités crypto.

Voici qui est Emmer, son parcours jusqu’au poste de whip, pourquoi il a fait du dollar numérique son combat central, et ce que sa stratégie gagnante laisse présager pour la suite.

Qui est Tom Emmer et comment est-il devenu Whip de la majorité ?

Emmer représente le sixième district du Minnesota, une zone périurbaine au nord-ouest des Twin Cities, depuis 2015. Avant le Congrès, il a siégé à la Chambre des représentants du Minnesota et s’est présenté au poste de gouverneur en 2010, perdant face à Mark Dayton d’environ 9 000 voix sur plus de deux millions. Ce quasi-succès l’a éloigné de la vie politique pendant quatre ans, avant un retour comme animateur radio puis avocat, et enfin candidat élu quand le siège du sixième district s’est libéré.

Son ascension dans la conférence républicaine de la Chambre s’est faite via le travail de campagne plus que par l’ancienneté au sein des commissions. Il a présidé le National Republican Congressional Committee pendant deux cycles, un poste clé pour tisser des relations, puis a été élu Whip de la majorité en janvier 2023. Le whip compte les voix et maintient la cohésion du groupe. En octobre 2023, il a brièvement été candidat à la présidence de la Chambre après la destitution de Kevin McCarthy, puis s’est retiré après quelques heures, ne pouvant atteindre les 217 voix nécessaires.

Cet épisode est important ici pour une raison : Emmer est un spécialiste du comptage des voix, et la manière dont il a fait aboutir l’interdiction du CBDC relève plus de la stratégie que de l’idéologie. Il copréside aussi le Congressional Blockchain Caucus, qu’il a rejoint bien avant que la crypto ne devienne un sujet central des commissions parlementaires.

Le combat Anti-CBDC et ses motivations

L’Anti-CBDC Surveillance State Act repose sur un argument central que Tom Emmer répète depuis sa première proposition : une CBDC émise directement aux particuliers donnerait au gouvernement fédéral une visibilité en temps réel sur toutes les dépenses individuelles. Cette capacité pourrait permettre de bloquer, suspendre ou conditionner certaines transactions. Il aborde donc le sujet sous l’angle des libertés publiques et du respect de la vie privée, non de la politique monétaire.

Le texte de loi est restreint. Il interdit à la Réserve fédérale d’émettre une CBDC directement ou via des comptes individuels, ou d’utiliser la CBDC comme un instrument de politique monétaire, sans autorisation explicite du Congrès. Il ne concerne pas les jetons indexés sur le dollar émis par des acteurs privés, raison pour laquelle le secteur des stablecoins s’est montré globalement favorable.

Les détracteurs de la loi, notamment la plupart des Démocrates et plusieurs universitaires spécialisés dans la régulation bancaire, estiment que la menace de surveillance reste hypothétique, qu’aucun projet concret de CBDC de détail n’est en cours, et qu’une telle interdiction prive les États-Unis d’une option potentielle si d’autres économies avancent plus vite. Le vote à la Chambre reflétait cette division : H.R.1919 a été adopté 219-210 le 17 juillet 2025, en suivant grosso modo la ligne des partis, ce que l’on peut vérifier sur la page Congress.gov de H.R.1919 et dans le détail du vote 201 de la Chambre.

Remporter un vote à la Chambre ne garantit rien au Sénat. Le texte nécessitait 60 voix qu’il n’a pas obtenues et est resté en suspens.

Blockchain Regulatory Certainty Act et autres initiatives crypto d’Emmer

Son deuxième projet phare est plus ancien et sans doute plus significatif pour les développeurs de technologies blockchain. Le Blockchain Regulatory Certainty Act, proposé dès 2018, précise que les développeurs et opérateurs d’infrastructures ne détenant jamais les fonds des utilisateurs ne sont pas des transmetteurs d’argent et ne nécessitent donc pas de licence d’opérateur d’argent État par État.

L’objectif pratique est de clarifier la situation d’un développeur de wallet, d’un opérateur de nœud, d’un validateur ou d’un contributeur à un protocole DeFi qui ne manipule jamais les actifs des utilisateurs. La solution proposée par Emmer est le test de la garde : si vous n’avez pas accès aux fonds, vous ne les transmettez pas. La loi a été réintroduite au Congrès comme H.R.3533, avec le soutien du Démocrate Ritchie Torres, et le texte complet est disponible sur Congress.gov ainsi que dans le communiqué d’Emmer.

Il a également soutenu le Securities Clarity Act, qui distingue le jeton du contrat d’investissement associé. On retrouve toujours la même logique : Emmer légifère en définissant les termes, car ce sont eux qui déterminent quelle agence régulera un produit Bitcoin ou Ethereum.

Date Étape clé
2015 Entrée de Tom Emmer à la Chambre pour le Minnesota
2018 Première proposition du Blockchain Regulatory Certainty Act
Janv. 2023 Élu Whip de la majorité à la Chambre
Oct. 2023 Candidat à la présidence de la Chambre, retrait rapide
Mars 2025 Réintroduction de l’Anti-CBDC Surveillance State Act (H.R.1919)
17 juillet 2025 H.R.1919 adopté 219-210 à la Chambre, bloqué au Sénat
Juin 2026 L’interdiction du CBDC intégrée à la loi sur le logement (21st Century ROAD)
11 juillet 2026 La loi sur le logement est promulguée avec l’interdiction du CBDC pour quatre ans

Ce tableau résume sept ans de démarches, une année de succès à la Chambre, puis un passage par une toute autre loi.

Comment l’interdiction du CBDC est devenue loi ?

La CBDC a finalement été incluse dans le 21st Century ROAD to Housing Act, un programme bipartisan pour le logement sans rapport avec la politique monétaire. L’interdiction y a été rattachée durant les débats, et une fois inclus dans une loi largement soutenue, le calcul politique a changé. La loi sur le logement a été adoptée à la Chambre 358-32 et au Sénat 85-5, des marges inégalées pour une loi crypto dans ce Congrès.

Le président a ensuite choisi de ne pas signer la loi, invoquant un désaccord sur un autre texte, mais n’a pas opposé de veto non plus. Selon l’Article I, une loi non signée au bout de dix jours devient automatique si le Congrès reste en session. C’est ainsi que la loi sur le logement, avec l’interdiction du CBDC, a été promulguée sans signature le 11 juillet 2026.

L’interdiction est plus restreinte que celle du projet initial. Elle empêche la Fed d’émettre un dollar numérique au public, directement ou via des banques/intermédiaires, jusqu’au 31 décembre 2030. Il s’agit donc d’une suspension temporaire et non d’une interdiction permanente. Les détails figurent dans le résumé de la loi et dans la fiche d’une page du comité financier de la Chambre.

Il est important de noter, car beaucoup ont omis ce point, que la Fed ne menait aucun projet actif de CBDC de détail. La loi ferme donc une option pour l’avenir plus qu’elle ne met fin à un chantier existant. Sur le marché, l’effet immédiat est donc surtout symbolique, mais pour les développeurs de solutions de paiement dollar, le calendrier change, car la principale concurrence publique est levée jusqu’en 2031.

Quelles sont les prochaines priorités d’Emmer ?

Le dossier majeur à venir concerne la structure du marché : qui régulera quel actif. Emmer plaide depuis des années pour que la loi, et non l’interprétation des agences, tranche. Il est probable que le Blockchain Regulatory Certainty Act essaie la même stratégie d’intégration à un texte plus large plutôt qu’un vote isolé.

Autre point en suspens, l’échéance de quatre ans signifie que l’interdiction prend fin fin 2030, ouvrant un nouveau débat dans un Congrès potentiellement différent. Une interdiction permanente exigerait une coalition sénatoriale solide, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui. D’où le choix d’Emmer de parler d’autorisation parlementaire plutôt que d’interdiction définitive.

Concernant les marchés, l’impact est progressif : les succès législatifs d’Emmer n’affectent pas les prix à court terme, mais ouvrent des perspectives sur ce que les produits crypto régulés aux États-Unis, y compris les structures ETF Bitcoin et les rails de tokens dollars, pourront devenir dans les prochaines années.

FAQ

Qui a rédigé l’Anti-CBDC Surveillance State Act ?

Tom Emmer, whip de la majorité républicaine à la Chambre, l’a porté (H.R.1919) depuis 2022. Le sénateur Ted Cruz a relayé la version au Sénat, sans succès au vote.

L’interdiction du CBDC aux États-Unis est-elle permanente ?

Non, la mesure entrée en vigueur le 11 juillet 2026 s’applique pour quatre ans et expire fin 2030. Il faudrait une nouvelle loi pour la rendre permanente.

L’interdiction du CBDC concerne-t-elle les stablecoins comme USDC ou USDT ?

Non, la loi vise le dollar numérique émis par la Fed pour le public. Les jetons dollars privés ne sont pas concernés. En l’absence de solution publique, ces jetons restent par défaut l’infrastructure numérique dollar aux USA.

Quel autre projet crypto porte Tom Emmer ?

Le Blockchain Regulatory Certainty Act, initialement proposé en 2018 puis réintroduit comme H.R.3533. Il vise à clarifier que développeurs et opérateurs sans garde de fonds ne sont pas des transmetteurs d’argent, supprimant ainsi une menace réglementaire.

En résumé

Le succès d’Emmer illustre la mécanique législative plus qu’un bouleversement de marché. H.R.1919 n’aurait pas passé le Sénat seul ; l’interdiction a donc été intégrée à une loi sur le logement à large majorité, et elle est entrée en vigueur le 11 juillet 2026, car le président ne l’a ni signée ni rejetée. Résultat : interdiction temporaire de quatre ans sur un projet que la Fed n’avait, en réalité, pas lancé.

Restez attentif aux prochains amendements : si le Blockchain Regulatory Certainty Act ou d’autres réformes de marché sont intégrés à un texte budgétaire ou de défense cet automne, cela signalera la rapidité du changement réglementaire crypto aux USA. Ceux qui ont fait bouger la question du dollar numérique étaient des stratèges parlementaires, non des banquiers centraux.

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